cesser de prouver, commencer à créer
Je reviens souvent au tarot pour comprendre ma vie en TI. Après Le Bateleur et La Grande Prêtresse, une carte s’imposait : L’Impératrice. Elle parle de création, d’abondance, de douceur puissante. Exactement ce dont une femme en TI a besoin quand elle commence sa carrière, au moment où tout l’environnement lui murmure plutôt : « prouve que tu mérites ta place ».
L’Impératrice est assise. Elle ne se penche pas en avant pour convaincre. Et elle ne saute pas sur chaque micro-tâche pour montrer qu’elle « en veut ». Elle porte la vie, les idées, les projets. Elle n’attend pas qu’on lui donne la permission de créer : elle sait qu’elle est déjà une source. C’est ce changement de posture que je te propose d’explorer ici.
Introduction : L’Impératrice et le monde de la tech
La tech adore les figures du génie solitaire, du hacker qui ne dort pas, du fondateur visionnaire. On parle moins de celles qui tissent, qui prennent soin, qui rendent les systèmes habitables. Pourtant, en pratique, ce sont souvent ces qualités qui font la différence entre un projet qui survit et un projet qui transforme vraiment.
Dans le tarot, L’Impératrice incarne la fertilité. Pas seulement au sens biologique. Elle représente le terrain riche où les idées germent, se nourrissent, prennent forme. Dans une équipe de développement ou d’analyse, c’est la personne qui relie les points, qui voit les usages, qui donne une forme humaine à la techno. Autrement dit, c’est une posture disponible pour chaque femme en TI, dès ses premiers pas.
En revanche, l’industrie t’encourage souvent à faire l’inverse. On te pousse à effacer ton intuition, ta douceur, ton regard relationnel. À adopter une carapace logique, dure, brillante, mais souvent stérile. L’Impératrice, elle, te propose autre chose : rester entière, et mettre ta capacité de soin au cœur même de ta pratique technique.
Le syndrome de la permission : quand la femme en TI attend qu’on lui dise « vas-y »
Quand j’ai commencé en TI, je passais mon temps à demander la permission, parfois sans m’en rendre compte. Est-ce que je peux proposer une autre approche ? Devrais-je poser cette question ? Est-ce que j’ai « le droit » de dire que cette solution ne tient pas la route ? De fait, je savais souvent déjà quoi faire. Mais je cherchais quelqu’un au-dessus de moi pour valider mon instinct.
Ce réflexe est très répandu chez les femmes en TI. Nous avons été socialisées à « bien faire », à attendre une note, une évaluation, un oui explicite. Ainsi, même quand on maîtrise la matière, on agit comme si notre compétence devait d’abord passer devant un comité invisible de validation masculine, senior, autoritaire.
L’Impératrice, elle, ne lève pas la main pour demander si elle peut créer. Elle crée, tout simplement. Elle plante la graine et l’arrose. Elle écoute ce qui veut pousser. Elle assume qu’elle a quelque chose à apporter, même si ce n’est pas encore parfaitement défini. En TI, cela veut dire : prototyper une idée, esquisser une architecture, proposer une amélioration de processus, sans attendre qu’on t’y autorise formellement.
Cela ne signifie pas ignorer les contraintes. Ni faire n’importe quoi. Cependant, tu peux tester, formuler, documenter, puis dire : « Voici ce que j’ai exploré, voici pourquoi ». Tu cesses de demander : « Est-ce que j’ai le droit ? » pour passer à : « Voici comment je peux contribuer ». La différence de posture est énorme, tant dans ton ressenti que dans la manière dont l’équipe te perçoit.
La douceur comme compétence technique
Dans beaucoup d’équipes TI, la douceur fait peur. On a peur qu’elle soit interprétée comme un manque de rigueur. On pense qu’être directe, sèche, voire cassante, c’est la preuve qu’on sait de quoi on parle. En revanche, parler avec délicatesse serait un signe de faiblesse.
L’Impératrice te regarde, légèrement amusée. Elle sait que la douceur est une forme de puissance. Elle ne nie pas les conflits, elle les contient. Elle ne nie pas les limites, elle les exprime d’une manière qui maintient le lien. Cette capacité, dans un projet technologique, est tout sauf anecdotique.
Concrètement, qu’est-ce que cela donne pour une femme en TI ? Par exemple, la manière dont tu formules un code review. Tu peux écrire : « Ce code est nul, on ne mettra jamais ça en prod ». Ou bien : « J’aime l’intention derrière cette solution, mais j’ai des inquiétudes sur la performance. Et si on explorait telle approche ? ». Les deux phrases sont claires. Une seule crée de l’espace pour l’autre, tout en restant exigeante.
Autre exemple : à la fin d’une démo, tu peux simplement fermer ton laptop. Ou tu peux prendre 30 secondes pour demander : « Qu’est-ce qui vous reste comme question ? Qu’est-ce qui vous inquiète encore ? ». Ce sont deux lignes de dialogue de plus. Pourtant, ces mots ouvrent la porte à des retours précieux qui, en pratique, améliorent la qualité du produit.
La douceur n’est donc pas un supplément d’âme « nice to have ». C’est une compétence technique, au sens où elle influence directement la qualité de ce que tu construis. Elle permet de faire émerger des cas d’usage oubliés, des risques non nommés, des besoins utilisateurs enfouis. Autrement dit, elle augmente la surface d’information disponible pour l’équipe.
Créer sans s’effacer : trouver sa voix comme femme en TI
Par ailleurs, L’Impératrice n’est pas seulement douceur. Elle connaît sa valeur. Elle sait qu’elle porte quelque chose d’unique. Elle n’a rien à « prouver », mais elle ne se cache pas pour autant. Elle parle. Elle nomme. Elle incarne.
Dans le monde de la tech, cela se traduit par une question centrale : comment prendre la parole sans se durcir, ni s’effacer ? Beaucoup de femmes en TI oscillent entre deux pôles : se faire toutes petites ou imiter les codes les plus agressifs de leur milieu. Dans les deux cas, elles perdent une partie d’elles-mêmes en route.
Trouver ta voix, c’est accepter que ton regard sur la technique est situé. Tu arrives avec une histoire, un corps, une sensibilité. Tes questions ne sont pas neutres. Tes priorités non plus. En revanche, elles sont précieuses, car elles ouvrent des angles morts. Quand tu demandes : « Comment cette fonctionnalité sera vécue par quelqu’un qui ne voit pas bien ? », tu n’es pas « compliquée ». Tu es L’Impératrice qui protège la fertilité du projet, sa capacité à accueillir plus de monde.
Créer sans t’effacer, c’est aussi poser tes limites. Dire non à la glorification du surmenage. Non aux blagues sexistes déguisées en humour de bureau. Dire non aux décisions techniques bancales parce que « on n’a pas le temps ». Cependant, ton non peut être posé avec calme, clarté, douceur. Tu peux dire : « Pour moi, ce n’est pas acceptable, et voici pourquoi », sans t’excuser d’exister.
Peu à peu, tu verras que plus tu occupes ta place, plus elle s’agrandit. Tu attires d’autres voix, d’autres femmes en TI qui n’osaient pas encore. Tu deviens, à ton tour, un terrain fertile pour celles qui arrivent après toi.
Ce que L’Impératrice nous enseigne sur la collaboration en TI
Sur sa carte, L’Impératrice est entourée de nature. Rien n’y pousse en vase clos. Tout se répond. En TI, on aime parfois l’illusion du « full stack tout seul ». En pratique, aucun projet un peu sérieux ne tient sans collaboration. Les systèmes sont interdépendants. Les personnes aussi.
La posture de L’Impératrice en collaboration, c’est de considérer chaque personne comme une ressource fertile, pas comme un rival. Le junior qui pose une « question naïve » te rappelle une contrainte utilisateur oubliée. L’analyste métier qui insiste sur un cas limite t’évite un incident de production. La collègue QA qui bloque la mise en ligne protège, de fait, la crédibilité de toute l’équipe.
Pour une femme en TI, cela veut dire : refuser de jouer le jeu de la rareté. Refuser de se dire que, pour exister, il faut être « la seule », « l’exception ». Au contraire, tu peux choisir d’encourager, de partager, de mentorer, même très tôt. Tu peux faire circuler les ressources, les informations, les occasions. Quand tu peux, recommandes d’autres femmes. Tu peux dire du bien de leurs compétences en leur présence, pas seulement en coulisses.
Autrement dit, tu peux transformer ton environnement. Une équipe qui travaille sous le signe de L’Impératrice n’est pas une équipe molle ou complaisante. C’est une équipe où l’exigence est portée par le soin. Où l’on peut nommer les problèmes sans humilier. Où l’on célèbre les réussites, pas seulement les heures supplémentaires héroïques.
Conclusion : de « prouver sa valeur » à « porter la vie des projets »
Si tu te reconnais dans cette posture de « je dois encore prouver que je mérite ma chaise », je t’invite à faire une expérience très simple. La prochaine fois que tu entres en réunion, imagine la carte de L’Impératrice. Vois-la, tranquille, assise, reliée à la nature autour d’elle. Puis demande-toi : « Et si, aujourd’hui, je n’avais rien à prouver, mais tout à créer ? ».
Tu remarqueras peut-être que ta voix change. Que tu poses des questions différentes. Laisses plus de place à ta curiosité qu’à ton anxiété de performance. Que tu t’autorises à proposer une idée pas complètement formée, parce que tu fais confiance au groupe pour la faire grandir.
L’Impératrice nous rappelle que la tech n’a pas besoin de plus de posture défensive. Elle a besoin de personnes capables de porter la vie des projets : les relations, la durabilité, l’éthique, l’expérience humaine. Et cela, une femme en TI y est souvent particulièrement sensible, non pas par nature, mais parce que son vécu lui donne un angle différent.
À toi de décider ce que tu en feras. Tu peux continuer à jouer le jeu de la preuve infinie. Ou tu peux, dès maintenant, t’asseoir dans ton propre trône intérieur, et commencer à créer depuis là. Je parie que le monde de la tech y gagnera — et toi aussi. Si tu souhaites poursuivre cette réflexion ou échanger, tu peux aussi me contacter.
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