Démarrer une carrière en TI quand on est une femme : le Mat qui avance sans certitudes
Dans le tarot, Le Mat marche au bord d’un précipice, un baluchon sur l’épaule, le regard tourné vers l’horizon. C’est exactement l’image de quelqu’un qui démarre une carrière en TI comme femme dans un domaine dominé par les hommes. Il ne sait pas exactement où il va, mais il y va. Dans nos équipes TI, on voit cette scène à chaque nouvelle embauche : une recrue qui arrive, badge encore brillant, laptop sous le bras, prête à se lancer dans un environnement qu’elle ne comprend pas encore.
Ce premier jour, c’est l’instant suspendu avant le pas dans le vide. On a signé l’offre, on a quitté l’ancienne job, on a annoncé la nouvelle sur LinkedIn… mais on ne connaît ni les coulisses du code, ni les vraies dynamiques d’équipe, ni les non-dits de la culture. On avance avec un sac léger : quelques compétences, beaucoup d’espoir, et une bonne dose d’inconscience assumée.
Démarrer une carrière en TI comme femme : entre naïveté et courage
Le premier jour, la nouvelle recrue est souvent perçue comme « chanceuse » : nouveau poste, nouvelles opportunités, nouveau salaire. La réalité intérieure est plus brute. C’est un mélange de trac, d’adrénaline et de questions en boucle : « Est-ce que je vais être à la hauteur ? », « Est-ce que j’ai survendu mon profil ? », « C’est quoi exactement leur définition de “senior” ici ? ».
Maintenant, imaginons une jeune femme qui commence à travailler dans un nouveau poste en tant que première expérience en TI. La réalité intérieure de démarrer une carrière en TI comme femme peut être encore plus difficile. Étudier avec des gars, ça va car on est tous au même niveau de connaissances, travailler avec des hommes qui ont 10, 15 ou 20 ans d’expérience, c’est intimidant. Ne négligeons pas non plus l’aspect qu’on parle peu, le milieu de travail est aussi plus compétitif qu’à l’université et en même temps beaucoup plus subtil. On se rend vite compte que tous les hommes vont prendre leur café ensemble et on se retrouve bien seule au moment de prendre sa pause café ou déjeuner.
Comme Le Mat, la recrue se présente avec une forme de naïveté nécessaire. Elle ne connaît pas encore toutes les limitations du système, les guerres de chapelle entre équipes, les projets maudits qui traînent depuis trois ans. Elle ne sait pas encore qu’on a déjà tenté cette refonte d’architecture deux fois. Et c’est tant mieux. Sans cette part d’ignorance, il n’y aurait pas le courage de proposer quelque chose de différent.
Sauter dans un nouvel environnement TI, c’est accepter de redevenir « le ou la nouvelle », même après 10 ou 15 ans d’expérience. C’est se remettre dans une posture d’apprenant, demander où sont les dépôts Git, comment on déclenche un déploiement, quels outils de suivi on utilise vraiment (pas ceux du slide deck d’accueil, ceux du quotidien). Il faut une vraie dose d’audace pour poser les questions « naïves » qui, pourtant, sont souvent les plus lucides.
Ce que le gestionnaire et l’équipe devraient faire : protéger l’élan
Si la recrue arrive en mode Mat, le rôle du gestionnaire, c’est d’éviter qu’elle se prenne le précipice en pleine face dès la première semaine. Quand une femme démarre une carrière en TI, créer de la sécurité psychologique est encore plus crucial. Ce n’est pas coller une affiche de valeurs dans la salle de réunion. C’est rendre concret le droit de ne pas savoir, de poser des questions, de se tromper. Soyez conscient que c’est particulièrement intimidant de démarrer une carrière en TI comme femme.
Très concrètement, cela veut dire :
- Nommer clairement qu’on n’attend pas de performance immédiate mais d’abord de la compréhension.
- Assigner un ou une « guide » (pas juste un buddy administratif) qui connaît à la fois la stack et les dynamiques humaines.
- Expliquer les zones grises : les dépendances politiques, les projets sensibles, les sujets à manier avec nuance.
- Encourager les questions « bêtes » en les traitant comme des opportunités de clarifier le système.
L’autre piège, c’est d’écraser l’énergie du Mat sous des couches de cynisme. Dans beaucoup d’équipes TI fatiguées, la réaction instinctive à l’enthousiasme d’une recrue, c’est un sourire en coin : « Tu verras bien ». C’est humain, mais destructeur. On transmet notre usure au lieu de transmettre notre expérience.
En tant que gestionnaire ou membre de l’équipe, on a une responsabilité : laisser à la recrue l’espace de croire que les choses peuvent changer, tout en la connectant à la réalité. Canaliser l’élan sans le briser. Autoriser les idées « impossibles », puis co-construire un chemin réaliste pour tester au moins une partie de ce qu’elle apporte.
La fraîcheur de l’inexpérience : un bug ou une fonctionnalité ?
Dans le monde des TI, on survalorise parfois l’ancienneté : années d’expérience, nombre de systèmes livrés, quantité de combats menés. C’est utile, mais incomplet. L’inexpérience relative d’une recrue, c’est souvent ce qui permet de voir les angles morts que tout le monde a intégrés comme « normaux ».
Le regard neuf pose des questions qui dérangent : « Pourquoi on a trois outils qui font la même chose ? », « Pourquoi ce processus demande quatre validations pour une modification mineure ? », « Pourquoi on dit qu’on fait de l’agile alors qu’on livre deux fois par an ? ». Ces questions paraissent naïves, mais elles pointent directement sur la dette organisationnelle et les incohérences structurelles.
Le Mat n’a pas encore appris à se censurer. Il ne sait pas qu’il est supposé « faire comme on a toujours fait ». Tant qu’on protège cet espace, on bénéficie d’une période précieuse où l’organisation est observée avec un regard frais. Après, la personne va s’adapter, absorber les codes, intégrer les compromis. C’est inévitable. La question est : qu’est-ce qu’on aura su capter et transformer pendant cette fenêtre de fraîcheur ?
Et vous, que faites-vous du Mat qui arrive dans votre équipe ?
Chaque nouvelle recrue arrive avec son baluchon : ses compétences, ses blessures d’ancien poste, ses attentes et son envie de bien faire. Elle avance au bord de votre précipice à vous : votre dette technique, vos enjeux politiques, vos livrables en retard. Vous ne pouvez pas lui enlever le vertige, mais vous pouvez choisir comment vous l’accompagnez dans le premier pas.
Alors, en regardant votre équipe aujourd’hui, demandez-vous : quand quelqu’un nouveau ou une nouvelle arrive pour démarrer une carrière en TI comme femme, est-ce que vous l’aidez à marcher en confiance sur le bord du vide, ou est-ce que, sans vous en rendre compte, vous lui montrez surtout pourquoi vous avez arrêté d’avancer ? Pour explorer ces réflexions plus en détail, découvrez les travaux d’Hélène Voyer.
Et vous les nouveaux et nouvelles membres d’équipe, comment pouvons-nous vous aider avec cette transition ?

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